Les biodiversitéS au coeur de notre quotidien : il y a variétés paysannes et variétés paysannes !

Nous poursuivons notre effort pour retrouver, maintenir puis redécouvrir des variétés oubliées, en particulier celles qui ont été largement utilisées dans notre région. Par exemple avec l'oignon de Tournon dont un des derniers producteurs (à notre connaissance) nous a confié récemment quelques graines...Aubergine+coccinelle4-red Redécouvrir les variétés, c'est bien. Mais nous pensons que les variétés anciennes n'existent pas. Nous travaillons avec des variétés connues depuis longtemps. A chaque génération, en cas de reproduction sexuée en situation réelle de culture, les caractéristiques globales de la plante évoluent,  y compris sa "génétique". Nous cherchons simplement à en conserver les caractéres qui font l'intérêt des parties récoltées et utilisées.

Aussi il importe tout autant de (re)découvrir les usages qu'il est possible d'en faire au quotidien. Le métier  d'artisan-semencier consiste à permettre au plus grand nombre possible de personnes de se réapproprier toutes ces plantes et savoir-faire associés.

Mais la biodiversité la plus importante, n'est peut-être pas celle qui est la plus médiatisée : à quoi cela sert-il de maintenir de très nombreuses variétés si les variétés ne sont plus capables de vivre par elle-même, de poursuivre leur évolution ? De ce point de vue, il existe variété paysanne et variété paysanne. La tomate Marmande ou noire de Crimée dont vous trouverez la semence chez un semencier, n'aura pas été sélectionnée avec la même optique que celles produites par un artisan semencier. Vous pouvez même maintenant tomber sur des hybrides F1 qui sont des copies (ratées) de variétés paysannes comme avec les Coeurs de Boeuf. Mais au delà du type de semence, le choix des critères de sélection ou des techniques d'obtention compte tout autant, si ce n'est plus. Une variété paysanne sélectionnée pour résister aux transports en camion frigorifique et pousser vite, sera farineuse, aqueuse, sans saveur. Sa peau sera souvent épaisse. Elle aura besoin de beaucoup d'eau et d'intrants, même cultivée en bio, pour espérer donner de bons résultats. Pour qu'elle soit capable de s'adapter à son milieu de culture, nous choisissons au contraire des méthodes de culture et des critères de sélection ou évolution qui favorisent la diversité génétique au sein d'une même variété. A nos yeux c'est cette biodiversité intra-variétale qui compte le plus. Nos critères prioritaires sont donc :

  • la saveur,
  • les valeurs nutritives,
  • formes, couleurs, calibres des parties utilisées de la plante
  • la capacité d'évolution et d'adaptation aux bouleversements des milieux de cultures
  • bonnes réactions aux extraits de plantes
  • la tolérance aux maladies et ravageurs
  • comportement général en cours de culture, selon les conditions du moment
  • le comportement des récoltes une fois sortie du champ
  • le rendement, mais au regard des priorités ci-dessus
  • et bien d'autres critères spécifiques à chaque espèces ou variétés

Ces choix, sont au cœur de notre métier d'Artisan-semencier. Ils vont à l'inverse des tendances sanitaires du moment, comme des règles d'inscription au catalogue officiel des semences

 

Toutes les semences que nous proposons sont issues de modes de culture économes en intrants tout en privilégiant la fertilité des sols, le taux d'humus, la biodiversité, les symbioses.

fermentation-tomate-redChoisir des critères de sélection adaptés à ces exigences pour les variétés dont nous produisons la semence est la première étape. Étape décisive, mais insuffisante. Nous refusons tout pesticide ou engrais de synthèse, mais aussi de nombreux produits autorisés en agriculture biologique. Par exemple, nous n'utilisons pas de bouillie Bordelaise, puissant toxique pour la vie des sols. Nous utilisons des traitements à base de plantes, jusqu'ici avec succès. Les préparas bio-dynamiques ainsi que l'approche qui va avec, sont peu à peu introduits. Notre objectif est de limiter au maximum l'emploi des extraits de plantes à effet « pesticide » car nous souhaitons favoriser l'équilibre des éco-systèmes et observer le comportement des plantes "portes graines" lorsqu'elles doivent se débrouiller par elles-mêmes. 

Une fois les fruits récoltés, il faut encore extraire, battre, nettoyer, laver, sécher, trier, traiter pour pouvoir stocker dans de bonnes conditions de conservation du pouvoir de germination. Pour toutes ces étapes, nous choisissons de mécaniser pour réduire la pénébilité du travail lorsque cela ne nuit pas à la qualité du résultat, à la qualité de la relation avec la graine, un organisme vivant. Aussi nous utilisons dès que possible des machines telles que des batteuses, des trieuses... Seule le manque de capitaux fait que nous ne sommes pas davantage équipés. Par contre nous faisons attention à conserver la même vigilance et rigueur dans les traitements apportés : respecter le vivant, limiter les interventions au strict nécessaire; sans hésiter à les mettre on oeuvre. Par exemple nous faisons fermenter la graine de tomate dans son jus comme sur la photo si-dessus par supprimer la gélatine anit-germinative qui l'entoure et sur laquelle peut se trouver des pathogènes. Pour les légumineuses, nous utilisons le traitement par le froid pour stopper le développement des bruches plutôt que de chercher à la éradiquer.

Aussi, il est probable que vous trouverez des graines avec des petits trous dans nos sachets de fêves, haricots, pois... Cela ne nuit pas à la capacité de germination tant que le germe n'est pas grignoté. Aucun inconvénient n'est à redouter puisque nous en tenons compte pour mesurer le taux de germination.

De nombreux progrès sont à accomplir pour éviter de transmettre des maladies avec les graines sans pour autant utiliser la chimie. Mais nous refusons de tomber dans l'idéologie du zéro pathogène. Les plantes et semences que nous distribuons doivent être capables de se comporter correctement en présence de pathogènes. 

Vient ensuite tous les tests de qualités pour lesquels nous pratiquons des tests selon les normes en vigueurs, mais aussi des tests avec du terreau, en situation plus proche des conditions réelles. Puis nous essayons dès que possible de ne vendre nos productions qu'en année 2 après le semis pour réaliser une culture sur une saison pleine afin de vérifier en amont la qualité de notre travail.

Enfin il faut procéder à l'ensachage et à la commercialisation.

Dès que possible, nous décrirons plus en détail nos pratiques.