C'est un métier en gestation au sein des Croqueurs de Carottes, l'organisation professionnelle d'artisans semenciers européens. Dans l’attente d’une définition reconnue par l’ensemble de la profession, voici celle-ci, inspirée des pratiques exercées à ce jour à Jardin'enVie, (proche de celles retenues par les autres membres des Croqueurs de Carottes) :

Sont artisans semenciers celles et ceux qui produisent des semences en situation réelle de culture, dans un écosystème vivant et diversifié. Ils les sélectionnent et les font évoluer en privilégiant leur capacité d'adaptation aux évolutions du climat, à la diversité des terroirs et au différents modes de culture sans pesticide ou engrais de synthèse, trop souvent qualifiés de biologiques.

Les hybrides F1 peuvent être produits sans pesticide. Pourtant ce sont des semences sélectionnées pour des modes de cultures industriels ayant recours à la chimie de synthèse.

Au contraire, les artisans semenciers font le choix de ne travailler qu'avec des variétés paysannes (ou variétés-populations) pour répondre aux nouveaux besoins et proposer une gestion démocratique de l'avenir des semences face à la logique d'appropriation du vivant.

C'est moins une question de taille d'entreprise que d'objectifs, de méthodes, de savoir-faire, de gouvernance, de volonté de relier conception et réalisation. La pensée aide à faire, la main aide à penser. Réussir cette articulation si caractéristique de l'artisanat, demande d'aiguiser sa capacité d'observation, celle du monde du vivant, pour agir avec lui plutôt que contre lui. Avec, pour fil conducteur de notre projet professionnel, la qualité des productions et la cohérence de notre démarche.

Nos compétences se déclinent aussi en dehors du champ :

  • Extraire les graines des fruits, cosses, etc.… avec des méthodes adaptées à chaque cas de figure (fermentation, battage, …)
  • Nettoyer les semences, les trier et/ou les sécher, là aussi avec diverses méthodes et trieurs
  • Les tester pour en vérifier la qualité globales (taux de germination, vigueur germinative, durée germinative...)
  • Vérifier qu'il n'y a pas eu de croisements non désirés ou transmissions involontaires de maladies par la graine.
  • Lorsque c'est possible, mettre en culture de test l'année qui suit la production de la graine pour s'assurer de la qualité du travail
  • Ce qui revient souvent à commencer la commercialisation d'un lot en année n+2 à partir du semis
  • Stocker dans de bonnes conditions pour maintenir la capacité à germer
  • Conditionner en sachets prêts à l'emploi
  • Construire un prix et commercialiser les semences, en accompagnant la vente du conseil et des informations qui vont avec les variétés choisies (les variétés paysannes ne se cultivent pas de la même manière que les variétés dites modernes ; de nombreuses pratiques sont à déconstruire)
  • Réaliser les essais variétaux, élaborer les campagnes de recherche et développement
  • Organiser la production avec l'ensemble des fermes parties prenantes en fonction de l'évolution de la demande, mais aussi de l'introduction de variétés à faire (re)découvrir en relation par exemple avec une maison de la semence
  • Mutualiser avec les autres artisans semenciers essais variétaux, connaissances et moyens
  • Évaluer avec les autres métiers des filières alimentaire ainsi que les consommateurs pour valider ou modifier les critères de sélection ou évolution
  • Transformer ou construire des outils adaptés à ce nouveau métier

Ce métier est au carrefour de nombreuses compétences. Il prend racine dans les pratiques traditionnelles et populaires pour les revisiter avec les connaissances nouvelles, à commencer par une meilleure compréhension de la fragilité des écosystèmes et des limites des ressources de notre planète.

L'ensemble de nos activités alimente directement le cœur de ce métier : produire des plants, des extraits de plantes, des légumes, des produits transformés nous permet de faire évoluer les critères de sélection en interactions étroites avec les retours des utilisateurs/consommateurs et les différentes compétences ou activités nécessaires à la confection d'un repas. La diversité de notre offre permet d'améliorer la qualité des semences produites et de faire (re)découvrir des variétés méconnues à un public de plus en plus large et averti. En promouvoir l'usage, c'est pouvoir à terme, diminuer le coût de leur conservation in-situ, et leur redonner un avenir économique.

Cette diversité est également essentielle pour réduire le coût de la sélection/coévolution, impossible à financer par la seule mise sur le marché de sachets de graines. En effet l'une des caractéristiques du métier d'artisan semencier est de refuser l'utilisation des brevets ou des Certificats d'Obtention Végétal (COV). Cela exige de remplacer les droits de propriété intellectuelle et les exclusivités commerciales par un modèle économique, créatif et innovant, basé sur l'échange des savoir-faire, des connaissances pour financer recherche, développement et innovation. Notre volonté est de vivre de notre travail, plutôt que d'une rente de situation. Il nous semble que c'est une des conditions nécessaires pour opérer un retour vers le progrès !